Notre vérité - Yakovitch

Chapitre 01

Décembre 2000

Lena :

Moscou . c'est la ville où je suis née. Tantôt magnifique, tantôt diabolique, il se passe quelque chose de magique dans cette capitale. A force de m'y promener des heures entières, la découvrir ou me perdre dans ces rues, j'ai fini par la connaître pas coeur : ses avenues, son Kremlin, ses musées et ses centaines de bulbes dorés . elle arrive à me toucher par tant de singularité et de beauté. Prestigieuse, voilà tout ! Je n'ai jamais ressenti ça ailleurs qu'ici, pourtant jusqu'à l'age de 10 ans, j'ai beaucoup voyagé avec mes parents. Mon père est musicien, et ses tournées nous ont amené aux quatre coins de la belle Russie. Je connais tous les grands axes de mon immense pays : la Sibérie, les villes de l'anneau d'or, la toundra, le sud, St Pétersbourg .. Alors si vous me demandez si je suis une véritable russe, je vous répondrai sans détour '' dans la moindre de mes cellules !''. Les campagnes ou les villes, la tranquillité ou le mouvement, la Nature ou le bitume, les champs à perte de vue ou les Kremlins remparés, j'aime toutes les Russies et l'âme qui s'en dégage, détour d'une nostalgie romantique, d'une souffrance inspiratrice et d'une générosité que même le rude climat ne peut briser. Ne me demandez pas pourquoi je ressens tout ça, c'est comme ça !

Quand je suis revenue définitivement à Moscou, ce fut comme une révélation. Ma vie de globe trotter m'a enrichi de milliers d'images, de centaines de rencontres, d'une sensibilité, et Moscou, c'était l'espoir de tout rassembler en moi pour devenir quelqu'un.

Je viens d'avoir 16 ans. Je suis revenue à Moscou pour me scolariser, ma mère s'étant chargé de mon éducation jusque là. Ca m'a fait tout drôle ce changement, le lycée, les camarades de classe . enfin bref ! Au fait, moi, c'est Lena. Jeune fille aux boucles rousses, un peu réservée et grande rêveuse par nature. Dans le genre docile, calme et réfléchi, je marche dans cette vie un peu par hasard, bien protégée dans la bulle que je me suis construite, musique, livres et plaisirs simples.

Je suis fille unique. enfin pas tout à fait en réalité ! Lorsqu'on s'est installé à Moscou, nous avons fait rapidement la connaissance d'une jeune famille, les Alexandronov, nos voisins. Anna était leur fille unique, du même age que moi, alors quand nos parents se sont liés d'une vraie amitié, Anna et moi, c'était comme une évidence ! C'est ma meilleure amie depuis ce temps, la soeur que je n'ai pas eu et la présence qu'il manquait à ma vie. Elle m'a apporté la stabilité que seule une vraie relation forte peut créer et combler la solitude qui parfois me pesait loin de tout, entourée de ce monde d'adultes. Ca va faire 6 ans que nous sommes littéralement collées ensemble. Jamais un seul accrochage, et même moi qui suis une grande solitaire, je me demande ce que je ferais si elle n'était pas là. La vie est si souple avec elle .je ne me suis jamais demandé d'où elle était venue, de toutes façons, ça ne pouvait être que du ciel !! Avec Anna, c'est une amitié sans concession, cette année, on est dans la même classe .

Yulia :

Mon Dieu, comme il fait froid !! J'ai l'impression que je vais geler sur place. Moscou et le mois de décembre . ou comment survivre ici quand le froid vous glace le sang ? Me balader dans Moscou, c'est mon truc . mais en été, je précise !! A croire que je ne suis pas une vraie russe, pourtant ne me parler pas d'ailleurs, et ce, même si je souffre du froid ! J'ai dans ce vague à l'âme et cette dureté des caractères trouvé tous mes repères.

Moi, c'est Yulia. Petite brune au tempérament de feu. Avec moi, pas de raccourcis possible. Particularité ? J'ai les cheveux noirs arrangés en pics . ça fait un coté rebelle que je revendique à ma façon ... et surtout, ça me fait rire quand je passe devant une glace. Alors pourquoi pas ? Je vis avec ma mère dans cette belle ville. Je connais très peu mon père, ma mère a eu une aventure un peu sans lendemain avec lui alors qu'il était déjà marié. Je suis née de cette furtive union, un peu par accident peut être, mais ma mère dit toujours que je suis ce qu'elle a de plus cher au monde . le reste n'est que littérature !

Elle a trouvé sa moitié depuis quelques années maintenant, un type génial que je n'ai pas eu vraiment de mal à appeler un jour Papa. Il est le père d'un jeune Stanislav, d'un an mon aîné, que je considère depuis le début comme mon propre frère. Nos deux parents n'ont pas eu beaucoup de mal à nous faire nous apprécier quand ils ont décidé de s'installer ensemble. Stanislav et moi, c'est comme . je sais pas . l'eau et l'eau, qu'est ce qui se mélange mieux que ça ?! Il est tellement adorable que je me demande comment j'aurais fait pour le détester.

Nous sommes comme les deux doigts de la main, les 400 coups, on les a fait ensemble. Sa mère est morte dans un accident de voiture à Novgorod quand il était plus jeune, alors son père a décidé de venir à Moscou pour essayer d'oublier cette tragédie et reprendre une vie normale. Lui et moi, on s'est aimé tout de suite et partagés la même chambre : ça va faire 8 ans que ça dure ! A 17 ans quand son père lui a proposé d'aménager une chambre pour lui, il est devenu rouge de colère comme jamais je l'ai vu.

J'ai presque 16 ans, je suis l'école sans grande conviction. En fait, je suis très sélective sur les matières. Alors quand je n'aime pas quelque chose, ça se sait. Ca désespère Stanislav .

''Allez, fais un effort en anglais quoi'' Mais bon, il sait bien que ça ne sert à rien, je suis du genre inflexible quand il s'agit de parler de mes convictions. Je suis comme ça. Dans la vie, je prends vite la mouche aussi, je suis un peu sang chaud, il suffit juste de ne pas trop me chercher. En réalité, c'est surtout ma façon à moi de me protéger de ce monde, j'ai si peur de me faire bouffer par toute cette hypocrisie ambiante que je pars souvent au quart de tour quand je sens qu'on marche sur mes plates forme. Dans le fond, je suis quelqu'un de sensible aux choses qui m'entourent et aux gens que j'aime, je pourrais me battre pour conserver tout ça. Mais en réalité, peu de gens arrivent à bien me cerner, mon genre de personnage n'a pas trop la cote . les autres ne comprennent pas les émotions qui me font agir ainsi.

Ce qui nous a beaucoup rapproché avec Stanislav, c'est notre passion commune pour le patinage artistique. Je n'ai jamais vraiment imaginé un jour être une grande championne, mais j'ai toujours suivi les entraînements avec assiduité. On patine ensemble en couple, alors imaginez le temps que l'on passe tous les deux. A la maison, aux entraînements, à l'école, et le soir quand nous sortons avec ses amis. Je les connais tous, comme lui d'ailleurs connais toutes mes copines . mais elles, elles me fichent la honte, elles sont pratiquement toutes amoureuses de lui et rougissent comme des piments quand elles sont près de lui. Bien sur Mr est flatté, mais moi, je préfère être avec ses copains. Stanislav me dit que quelques uns sont amoureux de moi . pfff moi je m'en fiche un peu.

Les entraînements de patin sont deux fois par semaine, de longues heures à souffrir. Mais quand Stanislav fait un porté, j'ai l'impression de voler, vous ne pouvez pas imaginer la sensation que ça fait, alors le reste ..

Avant les fêtes de Noël qui se profilent à l'horizon, il y a un gala d'organiser par l'école. On y participe cette année pour la première fois, ça nous changera des compétitions à l'extérieur, même si à chaque fois, c'est la grande expédition pour lui et moi. Le partage de notre art avec les spectateurs est plus fort que tout, sinon, pensez vous, on serrait déjà aux JO !! Trèves de plaisanteries. Ce soir, c'est le grand show, je suis énormément anxieuse . devant tout le lycée, tout de même, ce n'est pas rien !

 

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