tATu - A toi pour toujours - Hachi

Prologue et chapitre 1

« Si tu avais été un homme, Yulia, nous aurions pu vivre un amour parfait.
C'est ce que je me disais souvent à l'époque.

Mais dans ce cas, nous n'aurions sans doute pas eu que de bons souvenirs parce que la douleur va de paire avec l'amour, parce que l'amour est un sentiment pénible au point de vouloir se noyer. »

Passer ces journées là, seule, c’est d’un chiant croyez-moi. N’avoir que quatre endroits pour passer ma journée, ce n’est pas non plus très pratique étant donné que ces quatre endroits sont le réfectoire, ou j’y passe le moins de temps, le fond de la classe, le couloir et un vieux banc plein de mousse verte sur un coté de la cour. Autant dire que ma vie était passionnante. Enfin… ce n’est que du passé… tout cela a changé.
Moi je suis Yulia. La petite brune coiffée comme une branche de sapin qui rase les murs et qui fait peur à tout le monde. Non, je ne suis pas méchante… mais je ne me laisse pas faire, c’est tout. Qu’est-ce que je fais ici ? Je me pose la même question. Il faut dire que je n’ai pas choisi. Ca me réconforte de dire ça.
Autrement oui, j’ai des parents extraordinaires. Ils m’ont bien élevée, ils m’habillent, ils m’embrassent, ils font tout ça. Mais ils ne sont pas là quand je pars le matin et quand je rentre le soir. Non, je ne leur fais pas de reproches. Ce n’est pas de leur faute. Un jour, papa a presque réussi à me faire croire que c’était de la mienne. Je sais ce que vous vous dîtes : « Encore une môme perdue.…»… Mais non. Avant oui, je me disais qu’ils étaient vraiment trop injustes et que j’allais fuguer, et que j’allais m’enfuir… mais je suis plus intelligente que ça. Et puis ce sont mes parents.
J’ai un chat aussi. Un vieux chat gris. Quand je rentre du lycée et que je me couche sur mon lit, il vient et il tourne autour de moi lentement, alors je le caresse et il ronronne ; Finalement il se couche et il ne bouge plus pendant deux heures. Il est vraiment très vieux… il a quand même assez de force pour bouffer les Canaris du voisin d’à côté mais bon, de toute façon, ils auraient crevés ses Canaris au vieux, mon chat, il leur facilite la tâche. Il n’a pas de nom. Quand on veut l’appeler, c’est comme s’il le savait puisqu’il vient de lui-même. Et puis lui donner un nom, je trouvais ça injuste : c’est un peu comme enfermer un oiseau en cage, ton chat a un nom alors il est à toi et puis à personne d’autre, il s’appelle comme ça alors que si ça se trouve, il n'aime même pas son nom… de toute façon il est sourd. Je le sais parce qu’un jour j’ai fait tomber un tas de livre à coté de lui et il ne s’est pas retourné. J’espère juste qu’il fait attention dehors. Un chat, c’est loin d’être bête, mais peut-être que lui… on ne sait pas.
Oui, j’aime mon appartement. J’aime l’endroit ou je vis, les gens qui y vivent aussi. Ils sont gentils, même s’ils ne disent pas toujours bonjour, mais on est tous un peu pareil, des jours avec, des jours sans, ça ne se commande pas.
Au rez-de-chaussée il y a madame Gareeva. C’est une vieille dame qui collectionne les timbres et qui pense que son mari rentrera un jour du travail. Je l’aime bien. L’hiver, quand je passe devant sa porte, elle me demande de rentrer chez elle pour boire un chocolat chaud. J’accepte. Il est tellement bon son chocolat. Et puis il y a toutes ces vieilles photos chez elle, de son mari, de sa famille, tout cela me fascine.
Elle dit toujours que mes parents ne sont pas sérieux, elle me fait sourire. En plus, mon chat est un bon copain au sien, il doit sûrement avoir droit aux gâteaux qu’elle cache dans une boîte et qu’elle ne veut jamais que je mange. Si j’avais une grand-mère, j’aimerais qu’elle soit comme elle. Toujours à me demander si je n’ai pas froid, si je n’ai pas chaud, si elle m’ennui, si je préfère rentrer chez moi…
Non je n’ai plus de grands-parents. Ils ont dû tous mourir quand j’étais petite ou avant que je sois née. Mais comme j’ai  madame Gareeva, je m’en fiche un peu de ne pas les avoir connus. J’en aurais eu trop. J’aurais eu trop d’amour comme celui qu’on peut éprouver envers ses grands-parents et celui qu’ils vous rendent, je veux dire.
Mon père lui, il dit que c’est une folle, qu’un jour, des gens vont venir la chercher pour l’emmener dans un hôpital, et qu’ils devraient le faire vite, « que c’est la seule solution pour cette vieille tarée ». Il est méchant. Je le trouve mauvais. Je ne sais pas s’il le pense vraiment, mais quand il dit ça, je préfère partir sans rien dire, il serait trop fier si je répondais quelque chose. Et puis de toute façon, même à l’hôpital, j’irais la voir madame Gareeva, c’est moi qui lui ferais du chocolat, et je m’occuperais de son chat.

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