A Contre Ciel - Zwartkat

Chapitre 17

Un tourbillon de couleurs ocre. Feuilles. Branches. Troncs. Tout défile devant les yeux de Lena. Soulevée comme un poids plume. Tirée par le col d'une seule main. Elle croise le regard de celle qui la soulève ainsi. Une grande brune, costaude. Avec une force incroyable. Avec un regard terrifiant aussi.

Lena est debout, maintenue par cette jeune femme. Autour d'elle un groupes de filles habillées de loques et d'uniformes rapiécés. Toutes armées... Une kalachnikov est d'ailleurs pointé sur la poitrine de Lena... La grande brune, Max, fait une moue de dégoût en contemplant Lena.

-"C'est pas une HiWi*... C'est une NKVD! Merde alors!"

Une femme se plante devant Lena. Elle porte un casque allemand orné d'un dessin représentant un pingouin qui crotte sur une croix gammée. Elle regarde Lena dans les yeux.

-"Uniforme de Capitaine du NKVD..." Murmure t elle sur un ton neutre.

Lena tremble de tous ses membres. Douleur dans la bouche, douleurs dans les reins. Mais elle tente de prendre la parole.

-"Écoutez, je m'appelle Lena..."

Mais elle n'a pas le temps de finir sa phrase. Max lui décoche un coup de poing dans le ventre. Lena se courbe en deux, le souffle coupé. La géante lui tire alors la tête en arrière par les cheveux. Explosion de douleur.

-"Ta gueule, toi! Tu parleras si on te pose des questions, sinon tu la fermes!"

-"Faut vraiment être à la masse pour porter un tel uniforme dans ce coin... On peut savoir où tu allais comme ça..." Demande la fille au casque en examinant le fusil de Lena.

-"Louga..." souffle Lena.

-"C'est ton fusil?" Poursuit la fille.

-"Oui..."

-"Hé Penguin, qu'est ce qu'on en a foutre de tout ça? HiWi ou NKVD, peu importe pour moi, c'est tous les mêmes merdes! On l'égorge comme son pote!"

La femme au casque allemand vient de trouver la lunette de visée dans le sac. Tranquillement, elle pose la lunette sur le fusil de Lena. Elle laisse poindre un regard d'admiration vers l'arme.

-"Non on l'emmène.... J'ai dis que je voulais en savoir plus..." Répond Penguin qui doit être la chef du groupe. Elle détourne son regard du fusil pour le reposer sur Lena. "Attache lui les mains, et si elle fait le moindre faux pas, tu la liquide..."

-"Fais moi plaisir, beauté, fais un seul petit geste de travers..." Susurre Max à Lena dans un sourire sadique.

Les mains attachées derrière le dos. Fil de fer. Serré. Coupant. Lena déambule au milieu du groupe à travers la forêt. Elle sent les nombreux regards qui se posent sur elle. Mais elle n'ose pas trop relever la tête. Elle est sous la garde de Max. Au moindre mouvement, gifles, insultes et coups... Une marche exténuante pour la rouquine.

Au bout de deux heures, le groupe arrive dans un sous bois. Petites cabanes de fortunes adossées aux arbres. Débarras de bidons et de caisses. Le tout voilé par des treillis. Le camp...

Max pousse Lena vers un arbre à l'écart et la projette à terre. Choc. Gémissements. Des larmes lui montent aux yeux même si elle fait tout pour les retenir. La géante lui prend une jambe et l'attache au tronc de l'arbre.

-"Tu reste là et tu bouges pas, compris?" Sur le "compris" Elle lui décoche un coup de pied dans le ventre.

-"Ca suffit maintenant Max!" Crie une fille derrière elle. "Va te défouler en préparant le bois pour ce soir..."

-"Mais c'est ma prisonnière... " Gémit Max comme un enfant à qui on vient de retirer un jouet.

-"Hé bien, laisse moi m'en occuper!"

Max grommelle sa déception tout en s'en allant.

La fille s'accroupit auprès de Lena. Elle a un visage fin, des cheveux courts foncés. Elle porte des lunettes ovales dont il manque une branche. Lena l'avait remarquée durant la marche. Une petite intellectuelle en cache poussière bleu portant une kalachnikov presque trop grande pour elle.

Elle dévisse le goulot de sa gourde. Elle la penche doucement jusqu'aux lèvres de Lena tout en maintenant sa tête pour l'aider à boire.

-"Tiens c'est du thé... Il est froid mais bien sucré..."

Lena boit quelques gorgées goulûment. Le liquide sucré la ravive. Mais il ranime aussi tous ses sens... La douleur à ses poignets. Elle retire ses lèvres de la gourde. Lena plonge son regard dans celui de la fille. Elle ne veut pas lui dire merci. Elle veut sonder ce qui a poussé cette fille à lui venir en aide. Pitié feinte ou vraie humanité... La fille soutien le regard. Elle lui passe la main dans les cheveux. Lena se raidit un peu mais continue à la fixer dans les yeux.

-"Attend , tourne toi sur le ventre..." Dit enfin la brune en poussant doucement Lena. Elle regarde les mains de la rouquine. Elle soupire en voyant comment Max les a liée derrière le dos. "Ne me fais pas un sale coup... Et reste tranquille..." Poursuit -elle en retirant doucement le fil de fer. Lena grimace de douleur d'abord... Puis elle ressent un soulagement. Et là elle craque. Elle se met à pleurer. Gaël qui est mort, puis ces coups, puis cette sensation de n'être qu'un objet...

Elle se recroqueville sur elle-même. Elle cache son visage avec ses mains désormais libres. Elle s'attend à ce que la fille va les rattacher. Mais elle veut cacher son visage secoué par les pleurs. Quelques instants... Quelques instants seulement...

Des pas s'approchent. Lena craint le pire. Peut être que c'est Max qui revient, peut-être...

-"Elle a un coup de blues, notre héroïne?"

Lena relève la tête. Elle voit Penguin s'accroupir auprès d'elle.

-"Avant que Tchienka ne te détache et que tu pourras partir où bon te semble, je voudrais te poser une question..."

Lena tourne sa tête vers Tchienka, puis vers Penguin... Elle se demande à quel jeu elles veulent jouer. Serait-elle libre? A moins que ce ne soit une technique d'interrogatoire?

-"Oui? "Répond-t-elle prudemment.

-"Comment ça se fait que la fille du général Katine, grande héroïne et tout le tralala, se trimbale dans ce bled et en plus en compagnie d'un soldat allemand?"

-"Vous... Vous me connaissez?"

-"Non... Pas vraiment, juste lu un article de journal où il y avait ta façade en première page... Je viens de vérifier et c'est bien toi ça..." Dit Penguin en tendant une Pravda défraîchie à Lena.

Les autres partisanes se sont regroupée autour du trio au pied de l'arbre. Visages graves. Visages curieux. Certaines se chuchotent des commentaires puis partent d'un petit rire stupide. Lena est sans doute l'attraction du jour...

D'une voix faible mais résolue Lena commence son récit. Récit succinct de sa fuite en avion, son combat aérien, sa captivité, son amnésie, son retour avec le dandy qui en a fait un objet de propagande, sa volonté de fuir, sa rencontre avec le déserteur... Elle se rend compte que tout cela doit paraître absurde parce qu'elle ne leur dit rien sur le réel motif de sa présence dans ces bois... Yulia. Elle est parfois interrompue par quelques questions:

-"Et c'est vrai ce qui a marqué? T'as dégommé dix stukas?"Demande Penguin.

-"Non, seulement cinq..."

-"Et c'est ton fiancé ce blondinet?" Demande Tchienka en parcourant les photos du journal.

Lena rit.

-"Non, absolument pas, la personne que j'aime et bien..." Lena s'arrête dans un gloussement nerveux avant de poursuivre : "Et bien cette personne était dans l'avion... Avec moi..."

Penguin hoche la tête. Elle sort de sa poche un cigare. Long et fin. Craquement d'allumette. Une flamme, elle aspire la première bouffée. Elle repose son regard sur Lena.

-"Et en fait, tu ne va pas à Louga... Mais... Bien à l'endroit où ton coucou s'est crashé?"

Lena baisse les yeux.

-"Je me trompe, Cap'tain?" Insiste Penguin dans une volute de fumée.

Lena secoue la tête. Penguin fait un signe à Tchienka. La brunette prend la cheville de Lena et lui détache la corde qui la retenait à l'arbre.

-"Bon... Une dernière chose avant que tu partes... Saches qu'au nord de Louga, il est impossible de se balader sans se faire repérer. Sans parler de la région autour de Leningrad. Les Allemands sont devenus tellement méfiants, qu'ils se fliquent entre eux... Alors je te dis pas, une bonne bouille de rouquine venue des steppes russes, ça passe pas inaperçu... Bref, tu feras pas trois pas avant d'atterrir devant un peloton d'exécution... Mais évidemment, c'est toi qui vois..." Dit Penguin en se relevant.

Lena s'est relevée aussi. Elle dévisage à présent la dizaine de filles qui l'entourent. Certaines lui sourient d'autres continuent à la regarder comme une curiosité de cirque. Elle sait que Penguin a probablement raison même si au fond d'elle même elle n'a pas envie de l'admettre.

-"Je peux avoir mes affaires..." Demande Lena.

-"Quelles affaires?" Répond Penguin avec nonchalance.

-"Mon fusil et mon sac! Que..."

Penguin la coupe:

-"Désolée... Ca c'est prise de guerre.."

Lena sent la colère monter en elle.

-"Quoi? Vous voulez me voler? Et vous êtes soi disant des partisanes? Je vous rappelle que je suis capitaine de l'Armée Rouge et..."

-"Ici il n'y a plus de capitaine qui tienne... Je te fais remarquer que nous, on ne se bat pas pour une raison personnelle et... Romantique... Nous on se bat pour survivre... Parce qu'on est occupée par des fous qui tuent, qui pillent et qui violent! Parce que tu vois... Ton Armée Rouge et ton NKVD ont fui la queue entre les jambes... En détruisant tout devant l'ennemi. Nos fermes, nos maisons, nos écoles... Alors, ne la ramène pas, tu veux?"

Penguin n'a pas monté le ton. Elle s'est juste rapprochée de Lena en la fixant droit dans les yeux. Les deux filles se toisent à présent. Les lèvres de Lena tremblent. Elle ne trouve pas les mots pour répondre à Penguin. Sans doute parce qu'elle est exténuée mais surtout parce qu'elle est seule face à un groupe apparemment bien soudé. Penguin détourne la tête dans un sourire puis repose son regard dans celui de Lena.

-"Écoute, Lena... Je n'ai rien contre toi... Tu sais, une fille comme toi qui sait utiliser un fusil à longue portée, qui n'a pas froid aux yeux et qui a de l'expérience au combat ça pourrait être très utile à notre petit groupe... Tu sais un mois ou deux en notre compagnie, le temps que les nazis se calment un peu au nord... Après tu pourras repartir vers Leningrad... Avec ton fusil. Promis! Je ne te demande pas de me répondre tout de suite. Réfléchis... En attendant tu es notre invitée, gîte et couvert gratuit... Ce soir c'est corned-beef au menu... Ca te dit Capt'ain?"

Une semaine que Lena partage le quotidien du petit groupe de résistantes. Des longs moments de marche. Des attaques d'objectifs. Embuscades. Des actions où Lena se distingue. Elle rate rarement sa cible (Bravo Capt'ain!) Puis vols d'armes et de nourriture, puis des retraites à travers les bois, puis des longs moments de marche.

Elle n'a pas encore fait part de sa décision de rester ou de partir à Penguin. En fait Lena ne savait pas très bien elle-même. Rester avec ces filles ou poursuivre sa quête. Non pas que le souvenir de Yulia s'effaçait, non pas que le désir de savoir ce que la brunette est devenue s'estompait mais c'est plutôt comme un brouillard dans lequel Lena avait perdu tous ses repères. Un argument en chassant un autre, une contradiction en amenant une autre.

Fin d'après midi. Le soleil encore haut dans le ciel. Des pensées plein la tête. Lena est allongée dans la cabane de Tchienka. C'était cette dernière qui avait insisté pour accueillir la rouquine. Sa construction de quatre mètres carré composée de planches de récupération et de branchages divers, le tout cintré par des cordes de fortune, ressemble plus à une cabane d'enfant qu'à un réel abri. Mais peu importe, Tchienka avait aménagé l'intérieur d'une deuxième paillasse, bricolé une petite étagère pour les effets de Lena et même disposé une petite tablette sur laquelle trônait un bout de chandelle, merveilleux trésor pour les jeux de cartes de la nuit.

L'attention que lui porte la jeune intellectuelle n'échappe pas à Lena. Toujours assise à ses cotés, lui expliquant en long et en large l'histoire et le fonctionnement du groupe, prévenante dans les moindres détails... Et aussi son regard... Pas appuyé, mais plutôt dérobé. Surtout quand Lena se change... En fait, Lena n'est pas vraiment sûre si Tchienka est attirée par elle, mais il est clair que cette perspective l'amuse beaucoup. Jeu de séduction. La griserie de se sentir aimée, la griserie de pouvoir en profiter, la griserie de posséder quelqu'un... Même si cela la rend un peu mal à l'aise. Ce serait dégueulasse d'en profiter, je ne suis pas comme ça... Et puis il y a Yulia. Et puis...

Tchienka entre dans la cabane en soulevant le tenture qui fait office de porte et vient s'installer à coté de Lena.

-"Ca va Lena, pas trop crevée?..." Demande Tchienka souriante.

Lena lui rend son sourire.

-"Un peu mal aux jambes, mais ça va..."

-"Moi je suis bien crevée... J'ai d'ailleurs pas trop envie de manger avec tout le monde ce soir... Tu sais, leurs blagues, leurs rires , parfois ça me saoule un peu..." Tchienka s'arrête pour guetter la réaction de la rouquine. "Ca te dirait de simplement casser la graine ici, et passer une soirée tranquille?"

-"Ouh! Ouh! Mademoiselle... Vous me proposez un dîner en tête à tête?" Plaisante Lena mais au fond d'elle-même elle sait qu'il ne s'agit probablement pas d'une plaisanterie.

Tchienka se passe la main dans les cheveux. Petit geste nerveux. Elle garde néanmoins son sourire.

-"Petite soirée pour confidences entre filles..." Bredouille t elle en rougissant légèrement.

-"Non, mais ça ne me dérange pas... Mais c'est toi qui t'occupes du repas alors..." Répond Lena dans un soupir de princesse fatiguée, en se recalant bien sur sa paillasse. Elle est presque sûre de la réaction de la jeune fille. Tellement sûre qu'elle en éprouve presque une satisfaction... Un peu de culpabilité aussi d'ailleurs.

-"Ne bouges pas, je m'occupe de tout..."

Bingo...

Tchienka dépose les gamelles sur la petite tablette. Elle avait tout consciencieusement préparé, décorant même les assiettes de rondelles de radis et de cornichons. L'œuf dur et la pomme de terre paraissant de ce fait beaucoup plus appétissant que d'ordinaire.

Lena s'était changée entre temps. Elle avait opté pour une blouse légère avec un décolleté plongeant. C'est vrai que les nuits sont orageuses, et l'air souvent lourd, mais si elle avait choisi cette blouse, ce n'est pas pour une raison de climat... Enfin pas seulement... C'est que justement ce décolleté lui offrait de tester le regard de Tchienka... Et le test s'avère concluant, le regard de la brunette se déposant toujours au même endroit...

Après quelques banalités, Tchienka lance:

-"Cette personne que tu aimes... Enfin... Elle doit bien avoir un prénom, non?"

-"Yulia, son prénom c'est Yulia..." Sourit Lena.

-"Ah une fille?" Répond Tchienka visiblement soulagée. "Et heu... C'est ta petite amie?"

-"Oui... Note que ça ne fait pas de moi une lesbienne, enfin, je ne sais pas... Je suis amoureuse d'elle, voilà tout...." Répond calmement Lena, observant chaque réaction de Tchienka à ses paroles.

-"Oui heu... Je n'ai rien contre des filles ensembles tu sais... Tu es sortie avec elle pendant longtemps?"

Lena sourit à cette remarque. Pour sûr, tu n'as rien contre...

-"Tu es bien curieuse, Tchienka.... Et toi t'as un petit ami?" Demande Lena.

-"Non, je ne suis encore jamais sortie avec quelqu'un..." Soupire la jeune fille.

Lena relève la tête. Assez étonnée. Tchienka est plutôt une jolie fille et ça l'étonne qu'à 19 ans, elle ne soit pas encore sortie avec quelqu'un, fille ou garçon... Lena arrête sa pensée brusquement. Elle se rend compte qu'elle la trouve jolie depuis la première fois qu'elle a vue... Pas une beauté sensationnelle ou tapageuse mais un charme discret, une beauté qui découle de traits abrupts et simples...

-"Hé bien, qu'est ce que tu as, Lena? Tu restes bouche bée, j'ai dis une bêtise?"

-"Rien, rien... J'ai un peu chaud, c'est tout... Je vais faire un petit tour dehors... Prendre l'air..." Ment Lena.

La rouquine sort de la cabane et se dirige vers le ruisseau qui longe le camp. Un peu marcher... L'idée qui lui a traversé l'esprit tout à l'heure lui fait peur. Elle veut bien admettre que Tchienka soit séduite par elle... Mais pas le contraire... Non! Jamais!

Sur le chemin elle croise Max et Ptitsa.

Le contact avec Max s'était amélioré depuis une semaine. Lena s'étant même expliqué avec elle durant une soirée. Vodka. Feu de bois. Chants... Une soirée où elle a apprit que cette dernière avait vu la moitié de sa famille assassinée par les Allemands, l'autre moitié assassinée par des NKVD... La géante avait les yeux en larmes en lui expliquant cela et bredouillait comme un enfant. Vodka. Feu de bois. Chants... Alors Lena avait retiré ses insignes rouges et avait troqué son képi contre un casque allemand décoré par Penguin (elle en avait toute une collection). Un casque avec un magnifique "Encule la guerre!" peint sur le devant. Vodka. feu de bois. Chants

-"Alors tu fais bande à part?" Demande Ptitsa.

-"Et où est Tchienka?" Demande Max.

-"Tchienka est restée dans la cabane.. Moi je viens juste prendre l'air frais et..."

-"Ben reste pas ton coin, viens nous rejoindre, on va essayer de plumer Penguin au poker..." Invite Max souriante.

-"Merci, je fais un petit tour puis je vous rejoins... "

-"Comme tu veux, Capt'ain, comme tu veux..." Dit Max en se détournant et en s'en allant avec Ptitsa.

Tout le monde l'appelle Capt'ain... Sauf Tchienka... Encore un indice de...

Lena soupire. Elle s'assied auprès du ruisseau. Le bruit de l'eau qui s'écoule. Les reflets et les ondes que dessine chaque cailloux sous l'effet du courant. Lena tente de vider son esprit... Images de Yulia. Son sourire. Ses lèvres... Pourquoi ne lui apparaît-elle plus?...Elle aurait tellement envie. Là. Maintenant. La revoir. La réentendre. L'embrasser... Elle seule pourrait lui empêcher de penser à...

Tchienka a certainement tout débarrassé. Elle a sans doute même fait la vaisselle. Elle s'est ensuite couchée, un simple drap posé sur elle... Parfois elle dort nue, quand il fait très chaud... Le galbe d'une jambe dépassant du drap... Une chute de reins qui se dévoile... Lena secoue la tête... Elle ne veut pas penser à ça... Elle ne veut pas...

Il serait peut être plus prudent de passer la nuit dehors. Lena se mord les lèvres. Pourtant elle ne va pas rejoindre Max, Ptitsa et les autres autour du feu. Elle retourne dans la cabane. Elle fait attention à ne pas faire du bruit bien qu'elle se doute que Tchienka ne dorme pas encore. Doucement elle s'installe sur sa couche... Se déshabille, plonge sous le drap.

Elle ferme les yeux. Ce soir il ne se passera rien. Elle est trop timide pour faire le premier pas, je ne risque rien... A peine a t elle formulé cette pensée qu'elle sent la jambe de la brunette frôler la sienne. D'abord elle croit à un simple mouvement, sans réelle intention, les deux couches sont serrées l'une à coté de l'autre.

Mais Tchienka ne retire pas sa jambe. Lena non plus. La rouquine goûte a cette sensation de douceur de l'épiderme. Ca fait si longtemps que... Tchienka glisse sa jambe entre celles de Lena... Elle imprime un mouvement à sa jambe. Un va et vient, un peu maladroit, certes, mais ô combien délicieux... Contact de peaux. Contact de jambes. Nues. Frissons. Une titillation qui remonte Lena du plus profond de son ventre.

En son esprit jaillit des images. Les jambes galbées de Tchienka... Non, celles de Yulia... Les seins de Tchienka, deux petites pommes... Non ceux de Yulia... Non... Non c'est bien les seins de Tchienka qu'elle imagine là... A portée de doigts... Serait ce si différent ou si semblable de faire l'amour avec une autre personne? Lena a une sensation de vertige.

Elle sent Tchienka se glisser à présent tout contre elle. Lena réouvre les yeux. Elle voit dans la pénombre le visage de la jeune fille se rapprocher du sien...

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