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A Contre Ciel - Zwartkat Chapitre 10 Yulia vient de couper la radio. Elle n'a plus envie d'être envahie par les sons. Elle en a trop dans sa tête. Les cris des blessés. Les plaintes. Gémissements. Elle tire doucement le rideau molletonné collé sur la vitre. Protection dérisoire. Fenêtre aveugle. Bombardements obligent. Mais dehors, c'est paisible. Le ciel est sombre et couvert. Une nuit calme en perspective. Mais Yulia reste là. A contempler tout ce noir. Peut-être voir un signe. Entendre des pas dans la rue. Une Lena qui rentre du front. Espoir vain. Tout est vide. Comme cet appartement qui ne lui a jamais semblé aussi grand. Sans Lena. Même pas son père. Personne. Yulia n'a que son attente comme seule compagne. Elle sursaute. Encore une fois. Des pas dans les escaliers. Son cœur s'emballe. Encore une fois. Mais ces bruits sont dans sa tête. Il n'y a personne. Mirage sonore. Encore une fois... Même pas besoin d'ouvrir la porte pour vérifier... Elle le sait. Elle se dirige quand même vers la porte. Elle tend l'oreille. Lena, tu me manques. Elle aurait peut-être du accepter la proposition de Katrina. Loger avec elle. Mais bon, Yulia se connaît. Le parfum de la grande brunette ne lui est pas insensible. Et son grand sourire. Et ses yeux en amandes. Qu'est ce qu'elle fouterait dans ses bras? En voulant tellement être dans les bras de Lena. Elle s'assied. Grand canapé . Sur la table basse, une lettre. La seule lettre qu'elle a reçue en quinze jours. Seize jours cette nuit. Ou dix-sept? Elle ne sait plus. Elle la déplie. Pas pour la lire. Elle connait le contenu par coeur. Mais juste la toucher. Sentir le grain du papier sous ses doigts. Les yeux dans le vide. Son esprit avec Lena. Ses cheveux flamboyants. Son visage ovale. Tout rond. Tout doux. Ses lèvres... Elle entend chuchoter. Il y a des voix dans sa tête. Elles disent des choses méchantes. Des choses mauvaises. Des idées de mort. Yulia serre la lettre très fort dans ses mains. Elle la chiffonne presque. Non, il ne s'est rien passé. Non, Lena est toujours en vie. Non, Lena va bien... Elle crierait ces mots pour faire taire les chuchotements. Mais elle sait que ce n'est pas comme ça que ça se passe. Elle sait que si elle crie, les voix deviendront plus fortes, plus présentes, plus mauvaises encore. A nouveau le bruit dans les escaliers. "Yulia, c'est moi, Lena" lui crie ce blessé défiguré. Sa bouche bave du sang à chaque syllabe prononcée. Ne sont-ce pas les yeux de Lena dans toute cette bouillie de chair brûlée? Yulia se lève. Elle frapperait sa tête contre le mur pour arrêter ces visions. Et toujours ce bruit dans les escaliers. Peut être devrait-elle remettre la radio en marche? Peut-être ne devrait-elle pas aller vers cette porte et tenter d'écouter... Peut-être qu'elle ne devrait pas poser sa main sur le bouton de porte... Peut-être qu'elle ne devrait pas ouvrir... Ses mains sont moites. Elle le sent au contact de la poignée. Le palier. Les yeux de Yulia doivent s'habituer à la pénombre. Clair-obscur. Ses sens sont tout en éveil. Le moindre craquement du plancher. Le moindre souffle. La moindre présence. Et elle le sent. Son estomac se noue. Quelqu'un se trouve là.... Tout près d'elle. Une odeur fade, musquée... Vieille transpiration... Yulia se retourne. Une ombre, là... Elle crie. -"Même à toi, je fais peur..." Dit Lena. Yulia la reconnaît à sa voix. A ses yeux qui brillent. Lena s'approche du rai de lumière diffusé par la porte entrouverte. Son visage est recouvert de crasses. Pas suffisamment pour cacher les cernes ni les bleus qui ornent son visage. Et puis ce regard. Si absent. Si vide. Elle passe devant Yulia, entre dans l'appartement et laisse tomber ses affaires par terre. Le casque roule un peu sur le plancher. Bruit de casserole. Yulia sent les larmes lui monter du fond de la gorge. Mais elle les bloque. Elle ne veut pas pleurer. Elle ne se le permet pas. Pour sa Lena. Yulia fait chauffer de l'eau. Elle vide déjà le samovar dans la bassine. Elle n'a pas dit un mot. Si elle parle, elle sent qu'elle va éclater en pleurs. Elle entend Lena qui se déshabille dans le couloir. Elle rajoute un peu d'eau froide, mélange avec sa main. Elle arrête son geste pour mettre sa main sur sa bouche. Elle ferme les yeux. Ne pas pleurer. Elles ne se sont même pas embrassées. Lena entre dans la pièce. Toute nue. Toute tremblante... -"Je peux?..." Demande t elle en désignant la bassine. -"Vas-y mon cœur, je... Je te ramène encore un peu d'eau..." Répond Yulia en aidant Lena à s'installer dans la baignoire. "Doucement, voilà..." Lena ferme ses yeux. Elle se sent revivre au contact de l'eau tiède. Elle se laisse frotter le corps par Yulia . Gestes lents. Presque sensuels. L'éponge passe et repasse sur ses épaules, sa nuque, son dos. Lena réouvre ses yeux. Elle regarde Yulia penchée sur elle. -"Yulia?... C'est si bon que tu sois là..." Cette fois, c'est trop pour Yulia. Ses larmes se mettent à couler. Elle enlace Lena et enfoui sa tête dans ses cheveux. Longs rubans humides et savonnés. Des larmes et des gouttes d'eau. Quelques bulles. Un long soupir. Le silence. Plus de voix. Plus de bruits. Yulia grimpe dans le lit doucement. Pour ne pas réveiller Lena qui s'est endormie. Elle la regarde. Quelque chose a changé chez ce petit chat lové dans des draps frais et propres. Elle le sent. Intimement. Sa Lena n'a plus la même démarche. Plus le même regard. Plus la même voix... Petit chat est devenue panthère. Noire. Farouche. Taciturne. Yulia dépose un baisé tendre sur son front. -"Pourvu que tu m'aimes encore" Marmonne Yulia. Yulia ne se réveille que tard dans la matinée. En face de son visage celui de Lena. Yeux ouverts. Yeux affamés. Lena l'embrasse. Pas un baisé tendre. Un baisé fougueux. Elle se met au-dessus d'elle, lui retire son pyjama avec rudesse. Impatience. Lena la mord, lui prend sa tête et guide son visage et ses mains. Yulia regarde un instant sa Lena. Est ce bien elle? Elle ne l'a jamais vue comme ça. Lena se met tête bêche sur elle et la commande. Des gestes sans interdits. Des endroits du corps que l'on ne touche pas. Des mots vulgaires. De la salive qui s'écoule sur tous ses orifices. Tous. Des doigts qui pénètrent toujours plus profondément. Dans tous les orifices. Tous. Yulia a peur, délicieusement peur. Délicieusement mal. Lena est devenue fauve. Yulia sa proie. Cette dernière se laisse dévorer par les caresses. Docile sous les griffes. Docile sous les morsures. Docile sous les feulements. Docile sous les ordres. Petite poupée dans les bras d'une ogresse, assoiffée de sexe. Assoiffée de vie. Plus de tabou, plus de limite... Objet de désir, manipulée par le rythme forcené de sa compagne. Entre les cris de honte et de plaisir. Entre les vertiges de douleurs et d'extase. Son corps et son âme livrée à Lena. Prisonnières de leurs spasmes. Jouissance. Elles s'effondrent toutes deux dans l'orgasme. Les rues de Leningrad. La Neva est en brouillard. Ses effluves de coton protègent la ville. Yulia et Lena marchent l'une à coté de l'autre. Main dans la main. Deux silhouettes anonymes. Parmi la foule de badauds. Apparitions fantomatiques . Englouties dans un océan de brumes. Ce serait presque paisible si ce n'est les remparts de fortune qui barrent les routes et un bombardement au loin qui rappellent que c'est la guerre. Lena s'arrête et se serre tout contre Yulia. -"Je sais que... Je ne parle pas beaucoup mais... Je voudrais te demander de... De ne pas poser de questions... Je n'ai pas envie de parler de... Là bas... " Dit doucement Lena. Elle voulait dire le front, mais même ce mot, elle n'arrive pas à le prononcer. Yulia secoue légèrement la tête. -"Pas de questions... La seule chose que je veux savoir c'est quand tu seras obligée d'y retourner. Je veux prendre congé d'ici là, où même me faire porter pâle, je m'en fous...." Lena hoche la tête. -"Quatre jours... J'ai droit à quatre jours... Je voudrais aussi te demander... Le jour de mon départ... Pas d'au revoir, ni d'adieu. Je partirai comme si de rien n'était... Sinon.... Ca fait trop mal..." Dit Lena en serrant les mains de Yulia qui a les larmes au bord des yeux. "Oh non, ne pleure pas, s'il te plait... Je ne veux pas te faire pleurer..." Poursuit Lena. -"Excuse-moi, Je suis conne parfois... Voilà, c'est fini..." Répond Yulia en s'essuyant le visage. Reniflement. Petit sourire. Lena approche ses lèvres auprès de celles de Yulia. Là, en pleine rue. Malgré le brouillard, on peut les apercevoir. Yulia tourne la tête vers les passants, les désigne comme on montre une menace. -"Tu n'as pas peur?" Demande Yulia. Lena marque un petit temps d'arrêt. Petite pensée. Puis sourire en coin avant de répondre: -"Je n'ai plus peur de rien..." Et elles s'embrassent. Trois jours de permission. Trois jours de bonheur. Bonheur en sursis. Mais bonheur quand même. Autant de rires, de caresses, de baisers prit sur le temps. Une poignée de vie qui s'écoule le long des doigts. Demain, ce ne seront plus que des souvenirs. Pour ce dernier jour, Lena veut voir son père. Il rentre justement d'une mission de ravitaillement. Le général a voulu lui-même superviser un convoi de vivre qui passe par la route du Lac Lagoda, dernier cordon ombilical qui relie encore la ville au restant de la Russie. Une route vitale, le rationnement est au plus fort dans la ville assiégée qui commence à mourir de faim. Une mission de tous les dangers, l'artillerie finlandaise et l'aviation allemande ne laissant que peu de temps pour passer sur ce chemin de boue. Lena compte l'attendre au poste d'accueil du QG des officiers. Elle veut l'embrasser à sa sortie de camion, lui dire combien elle l'aime, combien elle est fière de lui. Elle aurait préféré y aller seule. La zone est assez dangereuse mais Yulia a tout fait pour l'accompagner. Elle a même mimé le petit lapin malheureux à qui on ne peut rien refuser, jouant de sa bouche retroussée, les deux mains collées à la tête et dessinant des oreilles qui se balancent dans l'air au rythme des humeurs. Comment y résister? Lena a prit sa Yulia dans ses bras, et après un long baiser, l'a emmenée avec elle. La plaine est balayée par les vents du Nord. Lena a du abandonner sa jeep au poste de garde et les deux filles poursuivent à pied. Elles contemplent un paysage infini. Immense. Yulia s'arrête quelques instants. De la longue steppe qui borde le lac, constituée de landes et de marais, se dégage un sentiment de désolation. De tristesse. Lena se retourne vers elle. Ses longs cheveux couleur automne bercés par le vent. Elle est si belle... Et demain, elle part... -"Ca ne va pas petit chat? Qu'est ce que t'as à regarder comme ça?" Lui dit Lena. -"Rien, rien, j'arrive..." Répond Yulia sans conviction. A la lisière d'une forêt, surmontant une petite colline, se dresse le baraquement en bois des officiers de transmission. Ancienne cabane de chasseur. Entourée de gardes. Garnie d'antennes. Protégée par un canon antiaérien. Nul doute que cela n'existait pas du temps des chasseurs... Au loin on devine la route qui se poursuit le long du lac. A l'intérieur, du matériel radio qui diffusent des sons étranges entrecoupés de voix qui grésillent. Tout autour des techniciens et des officiers. Ils se retournent pour voir qui vient d'entrer. -"Hé bien on voit que les mauvaises herbes, ça pousse bien... Bonjour Lena, comment vas-tu? Tu as encore grandi toi, non?..." -"Pas depuis qu'on s'est vu, Capitaine..." Répond Lena à l'intendant de son père qui la connaît depuis qu'elle est enfant. Le vieil homme lui fait la bise. -"Ah Lena, vous voila!" Dit un général de transmission. Il tend jovialement la main à Lena: -"Bienvenue Camarade Lieutenante, votre père sera content et... Vous me présentez cette demoiselle?" Dit-il en désignant Yulia. -"Yulia Volkova, ma cousine." Répond Lena sur un ton enjoué. -"Ca alors, j'ignorais que votre père avait une aussi jolie nièce, bienvenue à vous aussi Mademoiselle Volkova.." Yulia sert la main au général en bredouillant quelques mots de politesse. Lena se retourne et lui fait un clin d'œil. -"Tiens, quelle surprise... La Lieutenante Katina, une ancienne de mes collaboratrices..." Lena sursaute. Elle reconnaît cette voix. Une voix douceâtre, aussi menaçante qu'un sifflement de serpent. Elle se retourne: Le colonel Wydek. Celui qui avait appuyé son projet de pause pour les prisonniers du camp. A son grand étonnement d'ailleurs, le colonel étant connu pour sa dureté et son sadisme. Que fait-il ici? Depuis la guerre, toutes sortes de rumeurs courent à son sujet. Il aurait donné l'ordre de tirer sur les civils qui fuient la ville assiégée. Il en aurait tué lui-même. Il tiendrait également une liste d'officiers NKVD qui ne remplissent pas leurs quotas de déserteurs abattus en vue de les envoyer au goulag. Lena n'ayant jamais tiré sur un déserteur est persuadée que si une telle liste existe, elle doit y figurer... Mais pour l'instant, si elle tremble devant le Colonel, ce n'est pas pour ces raisons. -"Tiens et vous Mademoiselle... J'ai l'impression de vous avoir déjà vu... Je n'arrive plus à me souvenir dans quelles circonstances..." Poursuit le Colonel en s'adressant à Yulia. Ses yeux gris et froids se plongent dans ceux d'une Yulia qui commence à transpirer. Elle le reconnaît évidemment. Elle avait dû lui lécher les bottes à son arrivée au camp. Petit rituel en guise debienvenue pour tous les nouveaux arrivants. Il s'était même amusé à plonger ses bottes dans de la boue juste avant le tour de Yulia. Comment pourrait-elle l'oublier? Le nez dans la gadoue. Les coups de cravache. Et son rire... Et elle s'en veut d'avoir insisté pour venir. Et elle s'en veut de mettre ainsi dans l'embarras sa Lena. Et elle ne sait quoi répondre... -"Mais oui, c'est cela... Où ai-je la tête... Vous êtes la nièce du Général Katine... Évidemment..." Poursuit-il en se retournant vers Lena. Le sourire qu'il lui adresse est le plus atroce des sourires qu'elle n'a jamais vu. Un sourire cynique. Carnassier. Il se détourne d'elles dans un petit rire et retourne à son bureau. La radio grésille. Une voix se fait entendre. Plus nette. Lena la reconnaît. Celle de son père. Elle ne comprend pas ce qu'il dit, mais l'opérateur note les mots. Un code... -"Ils arrivent!" Lance t-il à l'assemblée. Lena prend Yulia par le bras: -"Allons l'attendre à l'extérieur..." Trop heureuse de quitter la pièce où se trouve son ancien tortionnaire, Yulia la suit. Une fois à l'extérieur, les deux filles s'adossent au baraquement. Tournées vers la route. Lena tente d'apercevoir le moindre nuage de poussière, signe de l'arrivée du convoi. De l'intérieur, les sons de la radio leurs parviennent par bribes. -"Je suis désolée , Lena, je ne voulais pas en venant ici, ..." -"Il t'a reconnu , j'en suis persuadée... Mais je m'en fous... Et puis t'as rien à te reprocher... C'est lui le salop, pas toi... Qu'il fasse seulement attention qu'il ne reçoive pas une balle perdue de mon Nagan..." Dit Lena , les yeux dans le vide. Un frisson parcourt Yulia. Ce n'est pas une menace en l'air. Lena a certainement déjà dû tuer. Elle le sent à son regard. A sa voix dure... Cinglante... Au plaisir que Lena a éprouvé en prononçant ces mots... Elle se tourne vers Yulia. Son visage se radoucit. -"Excuse-moi mon cœur, je m'énerve à cause de ce crétin..." Dit-elle en lui prenant la main. Yulia plonge son regard dans le sien, elle aimerait tant lui dire qu'elle l'aime, douce ou sauvage... Mais elle se ravise et se contente de lui rendre un sourire. Au loin un nuage se dessine. Le convoi approche. On peut commencer à distinguer les camions qui le composent. Son père doit être dans celui de tête, avec la grande antenne qui orne le capot. La radio grésille à nouveau. On entend distinctement cette fois. Son père parle très fort. Il y a une angoisse dans sa voix. Lena le ressent. Il prononce le mot "avions". Elle sursaute. Elle contemple le ciel. Elle ne voit d'abord rien. Puis elle les distingue finalement. Des petites tâches noires... Leurs silhouettes s'affinent en se rapprochant. Des Stukas... Des bombardiers en piqué... Reconnaissables à leurs ailes incurvées. Elle lâche la main de Yulia et fait quelques pas vers la route... Pourquoi faire?... Geste vain, elle n'arrêtera pas les avions... Yulia observe la scène. Elle n'arrive qu'à secouer la tête et à prononcer des petits "Non..." Comme pour conjurer le sort. Comme une litanie du désespoir. Comme un écho aux voix qui proviennent de la radio du pavillon. Une opératrice affolée relaye les ordres du père de Lena. Souffle métallique: "Dispersez-vous... Dispersez-vous... Camion trois et quatre sur la gauche... Attention... Attention.." Des voix qui se perdent dans cette immense plaine. Lena ne les entend plus. Ses yeux fixés sur le camion de tête, là bas.. Perdu entre marais et landes. Mais dans son esprit défile d'autres images, d'autres sons... Son père quand il l'emmenait en avion. Son père quand il la grondait. Les disputes homériques. Les moments de tendresse aussi. Son rire qui la gênait parce que trop fort. Les rares fois où elle lui a dit "Papa, je t'aime..." Le piqué de cet avion. Elle le voit... Au ralentit. Il lâche sa bombe. Il touche le camion de tête. Il devient boule de feu. La radio se tait après un long bruit strident... Lena fait encore quelques pas puis s'écroule sur ses genoux. Elle regarde au loin tous ces camions en flammes. La fumée s'élève dans le ciel. Les cendres de l'explosion retombent en neige. Linceul de flocons noirs qui recouvrent l'horizon. Elle est là, à genoux. Elle lève la tête vers le ciel et pousse un cri. Un cri terrible, lugubre, rauque. Un cri d'animal. Crucifié par sa peine. Yulia s'approche d'elle. Elle ose à peine lui mettre la main sur son épaule. Lena ne reprend son souffle que pour hurler à nouveau. |